Mise à jour 30 aout 2025
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J’ai un petit attachement avec la Suède, pays dans lequel j’ai passé une année de mes études et dans lequel je suis retourné quelques fois depuis, dont cet été.
Si je ne dirais pas que la Suède est une référence en matière d’aménagements, de cyclabilité ou de voirie, on y trouve parfois quelques bons éléments intéressants à analyser.
Ainsi des passages piétons là-bas, qui déjà à l’époque m’interpelaient dans leur design : ils sont divisés en deux, avec une partie à rebord (bordure avec vue1C’est ainsi que l’on nomme la différence de hauteur entre deux parties plates, en l’occurrence entre la chaussée et le dessus d’une bordure.) et une partie ramenée parfaitement à niveau de la chaussée, souvent sans bordure du tout.


En y retournant cette année, un détail supplémentaire m’a mis sur la voie d’une explication possible : lorsqu’il existe un fil d’Ariane guidant les personnes malvoyantes, celui-ci dirige toujours sur la partie avec rebord, pas sur la partie à niveau.



Me sont alors revenus en tête divers échanges et propos entendus ça et là ces dernières années : une personne en fauteuil roulant expliquant aux aménageurs que les vues de 2 cm, quasi systématiques aux passages piétons de nos contrées (France mais également Suisse, Belgique…), étaient honnies des usagers en fauteuil roulant, et les aménageurs de répondre qu’elles étaient obligatoires2Non : les fiches techniques indiquent que la hauteur de vue de 2 cm est un maximum, pas une valeur recommandée à suivre. Autrement dit, 0 convient aussi. ou recommandées3Non plus : la recommandation est même d’être à zéro ! Référence en note de bas de page.1 car appréciées des personnes malvoyantes marchant avec une canne, laquelle pouvaient détecter la bordure de trottoir grâce à cette vue.
Mon avis est que les passages piétons tels que réalisés en Suède visent précisément à répondre à ces deux demandes : celle des personnes malvoyantes souhaitant repérer les chaussées et trottoirs à la canne par le rebord d’une marche indiquant la séparation des deux espaces, et celle des usagers en fauteuil roulant, qui préfèrent une transition « à plat » car les ressauts leur sont très inconfortables.
Et, lorsqu’une traversée vélo est contigüe à la traversée piétonne, la demande des usagers en fauteuil roulant rejoint celle des vélos, avec même pour ces derniers l’absence de toute bordure en travers de la trajectoire.
Ainsi, le passage piéton inclusif suédois canonique ressemble à ceci : divisé en deux à trois parties,
- une avec bordure de trottoir avec vue de 2 cm au moins, sur laquelle dirigent le fil d’Ariane et les bandes podotactiles d’éveil à la vigilance, incluse dans l’alignement formé par les bandes blanches de passage piéton, pour les malvoyants avec canne ;
- une à niveau (0 cm), avec ou sans bordure, incluse dans l’alignement formé par les bandes blanches de passage piéton, pour les fauteuils roulants ;
- une à niveau, sans bordure, hors alignement des bandes blanches, pour la traversée vélo.


Quelques exemples :





Dans les faits, la version « canonique » n’est pas systématique, certains passages piétons étant complètement dépourvus d’abaissés de trottoir à 0 cm.
À d’autres, en présence d’une traversée vélo contigüe, la zone « fauteuil roulant » est parfois fusionnée avec la zone « vélo », d’autant plus facilement si le trottoir est un trottoir cyclable (autorisé en Suède) ou que la piste cyclable est sur trottoir et déjà parfaitement à niveau.



En cherchant un peu, j’ai vu que ce principe d’abaissé de trottoir à 0 pour les fauteuils roulants et à 2 pour les malvoyants, existait également, sous une forme un peu différente, en Allemagne. Ci-après, Francfort-sur-le-Main et Fribourg-en-Brisgau.


Qu’en pensez-vous ? Ce type d’aménagement peut-il être le meilleur des mondes en répondant à tous les besoins identifiés ?
- « Même dans les zones à forte pluviométrie, il est fortement recommandé de mettre les ressauts à 0 tout en veillant à l‘évacuation des eaux pluviales. ». Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, L’accessibilité de la voirie et des espaces publics, chapitre Prescriptions et recommandations techniques, partie Prescriptions relatives aux profils, §5 Ressauts. ↩︎
Merci pour cette revue, je découvre ce système que je n’avais pas remarqué lors de mon voyage scandinave.
Cela semble très fonctionnel, et même un peu fonctionnaliste, comme dit dans l’article, chaque zone répond à un besoin spécifique. Je me demande tout de même s’il ne serait pas souhaitable, dans un but d’identification et de lisibilité a moyenne distance (pour les automobiles, les malvoyant•es), de rester sur un dispositif visuellement plus simple, identifiant systématiquement le trottoir malgré le bateau le raccordant à zéro, permettant le passage des piétons de toutes conditions sur toute la largeur. En revanche c’est effectivement important de delimiter l’espace vélos au sol, mais cette délimitation n’a pas besoin d’être aussi explicite que sur les exemples et pourrait se contenter d’un côté de la ligne interrompue pour le feu voitures, et de l’autre de l’interruption du zebra. Ça « aérerait » pas mal le dispositif et c’est plus cohérent avec la signalisation « épurée » à la française. L’avantage du modèle suédois est d’être particulièrement explicite, voir publicitaire ! Mais je le trouve quand même un peu lourd visuellement et ce n’est pas qu’un problème d’esthétique. Il y a un côté performatif « on a pensé à tout le monde », mais a-t-on pensé à tout le monde, ensemble ?
Pour les automobilistes, je pense qu’il n’y a pas de sujet, ces dispositions n’étant pas dans leur champ de vision.
Pour les non-voyants, pas de sujet non plus, puisqu’ils se repèrent aux bandes d’interception, d’éveil et de guidage.
Pour les malvoyants se repérant malgré tout à la vision, il faudrait entendre leur avis (et je ne suis pas en mesure de le connaitre avec mes moyens limités). Ma supposition est que, s’ils et elles se repèrent au contraste, alors la présence des bandes de passage piéton et des bandes d’éveil qui les précèdent est la chose la plus importante, plus que la continuité d’une bordure de trottoir au droit du passage pour les fauteuils roulants (continuité qui est parfois maintenue, comme on peut le voir sur les photos).
Pour les vélos, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, car votre description de la version désirable me semble correspondre à ce qui est mis en place sur le terrain ? « d’un côté la ligne interrompue [les carrés ?], et de l’autre l’interruption du zébra » : il n’y a rien de plus non ? si ce n’est, parfois, le pictogramme ?